jeudi 18 juillet 2019

1989-2019 : 30 ans de musique electro, de culture alternative et de fêtes

Les mots « house », « acid house », « new beat », « techno », « hardcore », « trance » vous parlent-ils ? Ils désignent différents courants d’une nouvelle musique électronique qui a pris son essor en 1989, avant même l’arrivée en France d’une radio dédiée nommée Maxximum. De nouvelles discothèques apparurent notamment dans le Nord-Pas-de-Calais et en Belgique. Mais ce nouveau divertissement déclencha vite de vives polémiques. Alors, simple demande festive ou véritable délire dangereux ?



Une autre façon de faire la fête


La scène électronique  est dotée d’une variété importante de mouvances musicales industrielles, politisées ou non, apparues dès 1986 comme la house et son dérivé l’acid, bien avant donc leur succès. À l’instar de la techno venant de Chicago, Detroit ou New-York, on se déchaîne cette fois-ci sur des morceaux pour la plupart made in Englend ou Belgium. Sans doute las des déhanchements sur le funk, la pop et Michael Jackson ou Madonna, on veut du neuf pour faire la teuf ! On danse sur des rythmes entêtants, psychédéliques, à la fois dark et happy. C'est un savant mélange d'EBM (electronic body music) et de new wave pour certains morceaux. D'autres sont dérivés de la techno. Le tempo est plus ou moins rapide selon le style.



Les mutations culturelles sont tout-à-fait normales car les générations émergentes ne souhaitent pas s’investir, s’amuser sur les mêmes choses que leurs aînées. De jeunes artistes réinventent des sons electro : c’est l’avènement des stridences, petits gazouillements que l’on pourrait croire venus d’estomacs affamés,  réalisées à l’aide de la machine Roland TB-303. Les raves parties commencent alors à s’organiser dans des lieux désaffectées, des champs. De nouvelles discothèques, plus vastes, ouvrent en particulier dans le Nord de l’Europe où acid-house, techno et new beat rythment la nuit. Quelques noms viennent immédiatement à l’esprit des plus assidus : l’Hacienda à Manchester (Royaume Uni) ; le Boccacio près de Gand en Belgique, le Balmoral à Gentbrugge (arrondissement de Gand) ou le Skyline à Aalbeke (arrondissement de Courtrai en Belgique). En France, il y a la Pyramide à Serques, près de Saint-Omer et de la frontière belge ; pour Paris, c’est Mozinor, pas un club mais à un site industriel de Montreuil, dans la banlieue Est, où se tiennent des raves.

Dessin du TB-303 de Roland



C’est la mode des badges aux smileys jaunes qui fleurissent sur les vêtements, logo dessiné par le militaire et graphiste américain Harvey Ball (1921-2001) pour le compte d’une société d’assurance ; Facebook n'est pas encore né ! C'est tout le paradoxe d'un symbole du système adopté par une génération refusant l'ordre établi. La Belgique s’impose comme figure de proue d’une mouvance se voulant pacifiste et opposé à la culture hardcore ultra-violente des États-Unis, d’Angleterre ou d’Allemagne. Il s’agit en fait d’un sous-genre de la house music qui fait polémique de par la drogue, des idées plus ou moins de mauvais goût et des incompréhensions.

Le fameux smiley

Les médias entre perplexité et censure


La presse s'intéresse de près au mouvement rave dès le début, en 1988 lors de l'apparition des premiers titres du genre et des premières soirées. L'hystérie ne tarde pas à envahir les médias. En cause : le rapport supposé des drogues comme le LSD et l'ecstasy avec la musique. Et quand la télévision scrute les remous culturels et sociétaux, elle ne les cerne pourtant pas toujours. C’est Christophe Dechavanne qui remporte la palme de l’accident industriel le plus marquant du petit écran. L’animateur-producteur présente sur TF1 depuis un an « Ciel, mon mardi ! », une émission autoproclamée impertinente. Il invite en ce soir printanier de mai 1989 des laudateurs du mouvement acid,  un performeur, une clubbeuse, un promoteur de groupes, le directeur de La Pyramide, un club du nord de la France, un DJ parisien, un responsable de Skyrock Nord-Pas-de-Calais et le patron d’NRJ de l'époque. L’écrivain Frédéric Dard est l’invité principal de l’émission. Le thème du débat est : L'acid house et la new beat surnommées « acid music » par Christophe Dechavanne. Avec ce casting plutôt prometteur, on peut s’attendre à des échanges constructifs et intéressants. Il n’en est rien ! L’édito frappe fort  et nous vous rapportons son contenu complet : « Après le ska et le disco voici la new beat et l'acid music. Le nouveau rythme des années 90 est arrivé ! Dans les discothèques on se déchaîne et dans le Nord-pas-de Calais c'est à en devenir fou : le salut hitlérien a remplacé les déhanchements et les trémoussements et l'on célèbre à tue-tête l'ecstasy : une drogue sous forme de gélules aphrodisiaques. S'agit-il d'une mode doublée de provocation ou bien d'un délire carrément dangereux ? En tous cas ce soir ça va valser ! Yeah ! ». Un reportage très pernicieux ne traitant que de la new beat est diffusé. On y voit des teufeurs déguisés en nazis parodiant le salut hitlérien sur fond de samples « Adolf ! You’re going to pay ! » du morceau « Warbeat » du groupe Bassline Boys. « Est-ce tu comprends les paroles ? Tu ne comprends pas qu’ils lèvent le bras ! » s’exclame alors l’animateur. Le débat tourne au duel Skyrock/NRJ. Nous découvrons au passage la censure effectuée en France sur certains morceaux tels « Rock to The Beat » du groupe One-O-One (101). 

On s’aperçoit que le promoteur, le performeur et le directeur de La Pyramide sont à l’origine de cette soirée, certes, de mauvais goût. Ils sont accusés par Christophe Dechavanne de faire l’apologie du nazisme et surtout de la drogue. Or le mot « acid » fait référence aux sons émis par le TB-303. Les propos ne tournent plus qu’autour d’un spectacle absolument pas représentatif de cette musique electro qui tranche avec le Top 50. Nous sommes dans la période pré-eurodance qui sévira plus tard avec ses samples hip-hop et séduira bien plus les radios. L’émission allait avoir un impact considérable sur l’opinion publique. Elle ne tarde pas à faire réagir des artistes du genre, à commencer par les Bassline Boys qui sortiront le célèbre « On se calme ! » un titre dance avec les voix du débat produit par Bernard Schol alias Dr. Smiley. Le producteur demande un droit de réponse à l’émission qui lui a été refusé. Christophe Dechavanne, quant à lui,  a gagné en notoriété. Mais n’étant absolument pas reconnaissant (rires), celui-ci a poursuivi en justice Bernard Schol  en France et en Belgique suite à la sortie du disque initial intitulé « L'écho Dechavanne », un morceau new beat illustré de phrases prononcées au cours de différents numéros de l'émission. Mis bout à bout, les samples s’avèrent diffamatoires. L’enregistrement est donc saisi des deux côtés de la frontière au profit de la version soft baptisée « On se calme ».



La fin d'un mouvement innovant 


La mouvance new beat s’éteint en 1993 laissant une empreinte indélébile sur le genre électronique. C'est même une révolution depuis les premiers sons créé par les ordinateurs en 1958. On appelait ça de la musique concrète. L’Angleterre, la Belgique et la France notamment auront connu une frénésie sans précédent dans le monde de la musique. C’est sans compter les difficultés qui se sont présentées : la plupart des radios refusent de jouer de l’acid ou de la new beat, sauf quelques exceptions comme Maxximum pour la France. La répression policière est omniprésente pour les teufeurs, y compris dans les boîtes de nuit. Les heures de gloire s'égrainent comme un bouquet d'épis de blé. Les établissements sont contraints de fermer les uns après les autres. Il y a des fermetures administratives et définitives. Confrontées à la gestion délicate des problèmes liés aux drogues, aux plaintes de riverains, les immenses discothèques doivent tirer leur révérence. Tout ce qui contribuait au succès de cette culture alternative disparaît. D'autre branches subsistent encore telles que le hardcore ou la trance. 



Début et fin de la radio Maxximum


Maxximum naît en octobre 1989 à Paris du mouvement rave et surtout du rachat d'Aventure FM, une radio appartenant à l'armée, par la CLT, propriétaire de RTL. Cette dernière souhaitant se diversifier profite de la vague électronique pour créer un concept destiné au jeunes et pouvant concurrencer les autres radios des 15/25 ans comme NRJ, Skyrock ou FUN radio. Un format pointu et plus varié distingue rapidement Maxximum de ses consœurs qui se cantonnent à la dance commerciale. Maxximum alterne entre tubes dance, commerciaux donc, imports américains et morceaux bien plus underground anglais ou néerlandais. Elle diffuse même des raves en direct grâce à un partenariat un producteur, Rage Age. L'aventure Maxximum prend fin prématurément  en janvier 1992 pour des raisons obscures. Officiellement, la station se heurte à la loi anti-concentration des médias. Et c'est vrai ! La loi interdit à un réseau tel que RTL d'être associé à un autre réseau de plus de quinze millions d'auditeurs. Maxximum dépasse largement ce seuil. Des causes non avouées semblent néanmoins avoir provoqué la fermeture de la radio. Nous n'en aurons hélas jamais la preuve.
Logo Maxximum de 1989 à 1992


Ce phénomène qui fit danser beaucoup de jeunes entre la fin des années 80 et le début des années 90 a marqué au-delà des générations. Si tous les amoureux d'acid ne se droguent pas, force est de constater que des substances euphoriques, nocives et illicites circulent encore aujourd’hui dans de telles soirées. Les associations font un travail de prévention remarquable lors des free-parties et ce n'est sans doute pas suffisant. Dechavanne avait-il tort d’amalgamer acid (musique) et drogue ? Pas vraiment parce que le public compare presque automatiquement acid et LSD. Il est cependant toujours tendancieux d’associer drogues et musique, quelle qu’elle soit ; il est toujours tendancieux d’associer racisme, fascisme et musique.  Non, le mouvement qui animait, et anime encore, les teufeurs n’est pas un délire dangereux. C’est ce que l’on en dit et ce que l’on en fait qui l’est. 30 ans ! Allez, ça se fête.

Liens-sources :
Trax Mag 
Trax : Petit guide des conneries à ne pas faire en free party 
SchooP.fr La mémoire de la FM


Retrouvez votre radio Maxxi M ici :
http://maxxim.org

Vidéo d'utilisation du Roland TB 303 Bass Line (en anglais) :





Quelques clips :















mercredi 17 juillet 2019

Moisdon-la-Rivière, un site historique

Voici un article que j'ai écrit en 2015 avant de déménager aux Forges de Moisdon-la-Rivière. Je le republie ici actualisé afin de partager avec vous un peu d'histoire de mon village d'adoption. Bonne lecture !


Connaissez-vous le site des Forges de Moisdon-la-Rivière ? Localisé en Loire-Atlantique, au Sud de Châteaubriant, cet endroit est riche d'un passé chargé d'histoire. Classé au Patrimoine industriel préservé, ce lieu abritait d'anciennes forges industrielles au XVIIème siècle. Vous découvrirez un paysage bucolique et campagnard bordé par la digue-barrage, l’étang et les deux ponts aux bourbiers. Les édifices ancestraux construits à l'aide de la pierre bleue du pays, l'ardoise, contemplent la nature. C'est par la rue de l'Affinerie, voie principale d'accès au site des Forges, que la visite commence...
La rue de l'Affinerie longeant un coteau construit de maisons individuelles et de murs d’ardoises typiques

L'un des deux ponts aux bourbiers au niveau de la rue de l'Affinerie ; les deux piliers du portail de l'entrée des forges


Du bois et du fer en enfer


En 1668, le Prince de Condé, cousin de Louis XIV et Baron de Châteaubriant Louis II de Bourbon-Condé décida d’exploiter les richesses forestières et surtout minières de sa baronnie. Il fit construire sur le territoire de Moisdon-la-Rivière, précisément  au lieu-dit Le Moulin-Péan, au bord du Don, un affluent de la Vilaine, une forge ou « usine à fer ». Le projet fut auparavant confié à René Saget, marchand cossu de Redon et maître de forge qui découvrit le lieu. Le nom de Forge-Péan fut d’abord donné au site puis Forge Neuve lui fut définitivement attribué.  Cette usine était constituée de :

  • Deux hauts fourneaux destinés à réaliser de la fonte résultant de la combustion du minerai de fer, du charbon de bois et de la pierre à chaux à 1600 degrés,
  • une forge d'affinerie permettant de fondre et transformer le fer,
  • un atelier de fonderie permettant notamment la réalisation d'ancres, de boulets et de grandes barres de fer standardisées, aux tailles et poids identiques pour la construction et la Marine Royale,
  • deux halles à charbon,
  • un moulin à eau,
  • des logements ouvriers et maisons de maîtres.

Un bassin de retenue, l'étang,  permet d'apporter l'eau nécessaire au fonctionnement de l'ensemble. La matière première provient des mines de fer environnantes. Des activités d'extraction de l'ardoise et du schiste autour du Don permettent la construction des bâtiments ainsi que des fourneaux. La Forge Neuve est une industrie révolutionnaire pour l’époque. Son système de fonctionnement, repose sur l'énergie hydraulique  et le charbon de bois.
L'étang de la Forge Neuve et ses barques de pêcheurs : paisibilité et couleurs pop à la fois


À l'époque, les forges des terres de Condé, autour de Châteaubriant, se répartissaient sous forme de réseau : Moisdon-la-Rivière ; Sion-les-mines ; Riaillé ; Martigné-Ferchaud (Ille et Vilaine) ; Pouancé (Maine et Loire). Ces sites alimentaient à la fois le marché local de Nantes, et, par delà le port desservait l'Irlande, le Portugal et surtout les Antilles. 

En 1787, la Forge Neuve compte 172 employés en hiver et 565 en été ; parmi eux travaillent 60 techniciens l'hiver et 11 l'été. L'hiver est une période d'activité intense, tandis que l'été est destiné à l'entretien. Les techniciens viennent principalement de l’Est de la France, tandis que les moisdonnais s’adonnent plutôt aux tâches agricoles ; des ouvriers sont aussi employés aux  travaux de bûchonnerie, en pleine forêt. Assez peu travaillent en fonderie : la main d’œuvre provient en principe d’autres lieux. Une partie de la production est envoyée à Nantes pour être retravaillée par des ferronniers d'art. Dans la vallée du Don, ne résonnait en ce temps là que l’écho des outils de forge. 

La Révolution, qui correspond aux exactions des Chouans, hostiles aux troupes républicaines et favorables à un retour du Roi, marque un tournant dans l'histoire des forges de Moisdon : les Chouans assassinent le directeur des forges, Augustin Rocher, en avril 1794, et font cesser la production. De nombreuses personnes se retrouvent alors sans emploi, à commencer par les bûcherons et les charbonniers, pour l'alimentation en bois et en charbon de bois. Suite à cette époque de troubles (1789-1799), la Forge Neuve devient un « bien national de la République ». Elle sera restituée à la famille de Condé en 1815, sous la Restauration.

Le XVIIIe siècle marque l’apogée de l’activité de la Forge. Bien que les richesses forestières alentours soient abondantes avec 6000 à 8000 hectares de bois, l'usine est très gourmande en charbon de bois : elle consomme entre  200 à 400 ha de chênes ou de châtaigniers par an.  Le système n'est cependant pas remis en question. À l'époque, on ne parle ni de déforestation ni de pollution aux particules fines ! Mais le XIXe siècle va changer la donne avec une industrialisation à plus grande échelle et basée cette fois-ci sur la houille (charbon de terre) et la vapeur d’eau. Le manque récurrent d'infrastructures modernes comme un réseau ferroviaire va aussi sonner le glas des forges du pays de la Mée. 

En 1857, un projet de chemin de fer est à l'étude pour désenclaver le Castelbriantais qui a fondé l'essentiel de son industrie sur la métallurgie. Les pourparlers durent des années pour n'aboutir qu'à des échecs. Le secteur est d'ailleurs surnommé « le quadrilatère du vide », faisant référence au périmètre Nantes-Rennes-Laval-Angers. Des lignes régionales dédiées au transport de marchandises, mais aussi de passagers,  verrons finalement le jour dès 1866. Ce n'est que bien plus tard que la Forge Neuve verra passer les trains... trop tard, vous le verrez dans les prochaines lignes.

En 1860, un traité de libre-échange entre la France et l’Angleterre signé par napoléon III vient complètement bouleverser les méthodes de production métallurgique.
L’importation du savoir-faire et des produits finis d’outre manche va entraîner une concurrence directe entre les français et les anglais. Dépassée, l'industrie métallurgique traditionnelle est menacée, comme à Moisdon. Le coup de grâce est finalement donné en 1869 lorsque la Forge Neuve ferme définitivement ses portes.

1888 dans le canton de Moisdon-la-Rivière, un chemin de fer à voie étroite est finalement exploité. Desservant Moisdon par la Forge Neuve, il a pour objectif de relier les fours à chaux d’Erbray au réseau Ouest national Angers-Nantes qui passe par Châteaubriant. La voie étroite est par la suite étendue de Châteaubriant à Ancenis afin de desservir directement la région et le port sur la Loire. Deux lignes sont exploitées : Châteaubriant - Erbray - La Chapelle-Glain (20 km) et Châteaubriant - Erbray - Ancenis (58 km), desservant Grand-Auverné et Moisdon-la-Rivière en passant sur la colline de la Forge Neuve.

Le petit train, appelé « Tramway d’Erbray »  transporte des produits manufacturés, des produits de carrière, des produits agricoles et des voyageurs. Les ardoisières du canton de Moisdon militaient pour une déserte plus directe par un chemin de fer à voie standard, en vain. Le réseau connaît son apogée en 1930. Le développement des transports routiers provoque la fermeture de la ligne en Erbray-Anenis en 1938, puis celle de La Chapelle-Glain en 1947. Il reste des ouvrages d’art comme le pont sur le Don et l’étang reliant la  Forge Neuve à Grand Auverné : fermé aux voitures depuis 2013, il est devenu un lieu de promenades bucoliques ; un tronçon de voie ferrée est préservé à Moisdon-la-Rivière, rue de la Gare, face à la pharmacie (D29).


Une histoire pas toujours glorieuse


Le XIXe siècle finissant, le site de la Forge Neuve devient une cidrerie puis une féculerie de pommes de terre pendant les années 1920.
Au cours de la seconde guerre mondiale, la Forge Neuve est transformée en camp accueillant 800 réfugiés espagnols, d'abord, puis des tziganes, jusqu'en 1942. Le camp ne pouvant recevoir que 300 personnes, les conditions de vie étaient épouvantables. Les lieux étaient humides et insalubres. Madame Odelinda Gutierrez, réfugiée de la guerre civile espagnole avait 8 ans. Elle se souvient : « Je sais que nous sommes arrivées à Châteaubriant avec d’autres espagnols. Nous avons été très bien reçues. Nous avons été hébergées, au rez-de-chaussée, ou au sous-sol de la mairie. Puis nous avons rejoint les femmes, les enfants et les vieillards qui peuplaient déjà le camp de Moisdon... » Appelons un chat un chat, l'ancienne forge était devenue un camp d'internement. « Étions-nous internés ? Oui, car je me souviens : il y avait des barbelés tout autour de notre campement et des gendarmes à la porte... Au fur et à mesure que des réfugiés espagnols arrivaient dans le camp des Forges, d'autres étaient emmenés par la police française pour être reconduits en Espagne. Nous avons échappé à cela car, dès la déclaration de guerre entre la France et l'Allemagne, mon père s'est engagé dans l'armée française. » Les conditions de vie n'étaient plus identiques à celles de Châteaubriant où les habitants apportaient leur soutien. Les moisdonnais avaient peur de ces réfugiés qu'il ne respectaient pas. Une crainte absurde puisque le camp était composé exclusivement de femmes, d'enfants et de vieillards. Dès 1939, Paul Ginoux-Defermon, alors maire de Moisdon, exige du sous-préfet l’évacuation de la Forge. Mais, 600 tsiganes viendront remplacer les espagnols.

En 1942, la fermeture du camp provoque l’abandon du site de la Forge Neuve jusqu’en 1952, année où il est racheté par une SCI (Société Civile Immobilière). Cette transaction évite que la Forge Neuve retombe dans le domaine privé. La commune de Moisdon rachète  le site en 1980.


Bon air et ère du tourisme


L'air est dépollué depuis longtemps. Les esprits sont apaisés, bien que l'époque des réfugiés soit à jamais en mémoire. En 1985, la Forge Neuve est classée et les édifices inscrits à l'inventaire des monuments historiques. Il reste un formidable patrimoine architectural restauré, l'étang, rendez-vous des pêcheurs, et de très nombreuses scories, des pierres de toutes tailles, parfois vitrifiées comme du verre,  issues des résidus de fusion des minerais et de l'affinage des métaux. Ces pierres sont similaires à la roche volcanique. La Forge est un lieu de loisirs, de promenades, de distractions. Un parcours de randonnée dans la Vallée du Don, de Saint-Julien-de-Vouvantes à Guémené-Penfao, est exploité. Cette marche vous plongera au cœur du magnifique Pays de la Mée. Un itinéraire plus court part de la Forge Neuve. Il passe par un site botanique exceptionnel composé notamment de landes. Ce site est classé Zone Naturelle d'Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF). 

Un premier musée ouvre en 1984 dans l'ancienne halle à charbon, avant d'être entièrement rénové en 2013. L'écomusée nous fait découvrir des ouvriers, leurs conditions de travail, l’organisation de la forge, mais également la faune et la flore locale. L'établissement accueille aussi des expositions d'artistes contemporains. Des maquettes, réalisées par les collégiens et lycéens de Châteaubriant, font connaître certains bâtiments aujourd’hui disparus. Le nouveau musée est ouvert de mai à septembre. L’exploitation touristique a pu voir le jour grâce au partenariat engagé entre la Communauté de communes du Castelbriantais et une association : les Amis de la Forge de Moisdon-la-Rivière créée en décembre 1996 par Gisèle et Guy Piton (décédé en 2014). André Saucisse, un moisdonnais passionné par l'histoire du pays de la Mée considérant que le site de la Forge Neuve n'était pas assez valorisé, a fondé en 2001 l'association culturelle Aspic. Elle a pour but d'organiser des visites de la Forge et des débats, rencontres, spectacles à l'Aspic Café ; c'est aussi une webradio : Radio Aspic. André et un autre moisdonnais, Armand Chatellier se battent pour que l'histoire du camp d'internement ne soit pas oubliée, pour « ne pas recommencer ». Le samedi 27 avril 2019, une stèle a été dévoilée pour justement entretenir le souvenir. La cérémonie a eu lieu en présence de l’ancien Premier ministre et ancien maire de Nantes Jean-Marc Ayrault.

La mairie de Moisdon prend grand soin du site de la Forge Neuve. Après plusieurs tentatives infructueuses, un restaurant nommé « Les Forges » a ouvert ses portes en juin 2015. On peut s’y délecter d’excellentes crêpes, de pizzas,  grillades ou prendre simplement un verre et se détendre en terrasse.  Pour la tranquillité des promeneurs et des clients, la circulation des véhicules à moteur est interdite en été devant l’établissement. Un parking est à disposition juste à côté. L'hébergement se développe avec des gîtes et l'ouverture récente de chambres d'hôtes. De part sa superficie avantageuse et son étang de 30 ha, la Forge est un lieu d'exercice et d’exhibition privilégié des pompiers, des clubs de voitures anciennes ou de motards. Des mariages viennent aussi faire des photos au bord de l'eau.
Le restaurant "Les Forges"

Dimanche 23 juin 2019 : rassemblement en faveur de la lutte contre le syndrome de Dravet (SD)

Les animations en faveur de la lutte contre le syndrome de Dravet semblent connaître le succès


De nombreux documents concernant les forges de Moisdon-la-Rivière et du Castelbriantais se trouvent au château de Chantilly, parmi les archives nationales. Ces précieux documents ont permis une étude des forges de la région par les Affaires Culturelles, une exposition à la grande halle de la Forge Neuve et un livre. Écrit par Ronan Pérennès, un jeune professeur d'histoire et géographie, un ouvrage est organisé en quatre grandes parties : la naissance de la Forge Neuve, les ressources et les besoins de l'époque ; l'histoire d'un point de vue technique ; la vie quotidienne des ouvriers et des techniciens ; enfin, la vie après la fermeture en 1869. 



La Forge, c'est aussi un hameau où les habitants sont fiers de partager l'histoire d'un site exceptionnel. On ne s'ennuie pas un seul instant à la Forge : le calme de la campagne verdoyante côtoie les activités touristiques une bonne partie de l'année.




Liens-sources :




À lire :

Ronan Pérennès, De l'histoire au patrimoine... la Forge Neuve, Moisdon-la-Rivière. Histoire et Patrimoine du Pays de Châteaubriant - 2014 - Livre référent sur la Forge, 22 € sur place au musée ou sur le site de l'Hippac 


Jean Meyer, Les forges de la région de Châteaubriant à l'époque révolutionnaire (1789-1801). In: Annales de Bretagne. Tome

65, numéro 3, 1958. pp. 361-394.
doi : 10.3406/abpo.1958.2059